La clope du dimanche soir, du début de la nuit. Celle qui est censée me faire décompresser, me virer toute cette angoisse du lundi matin. Cette putain de clope qui veut dire que c’est fini, je déclare forfait, après je me brosse les dents et je vais me coucher. Cette clope qui me fait me rappeler de tout ce que je devais faire aujourd’hui. Passer l’aspirateur, vérifier mon suivi conso, changer la caisse du rat, finir ce DM d’anglais, l’appeler parce que je lui avais promis. Mais voila, j’ai rien foutu de ma journée, comme tous les dimanche. Je suis restée vautrée à me dire que ce sera mieux dans un an, que c’était mieux il y a un an, et que là, ça craint. Je suis nauséeuse, j’ai envie de gerber. Le contenu de mon estomac, et le contenu de mon cerveau. Ça bouillonne, ça tourne en rond, j’ai chaud, il fait chaud, c’est pas sensuel, c’est plutôt lourd et lent. Tous les trucs de merde que j’ai à répondre quand on me demande si ça va, quoi de neuf. Quoi de neuf. Putain rien de neuf. Les seuls trucs de nouveau dans ma vie plate et ingrate d’adolescente ce sont des nouvelles de merde. Des trucs à chier que t’as même plus envie de raconter tellement tu veux oublier. Là, t’es à la moitié de ta clope. T’écoutes Emika qui passe en fond, tu te dis que quand même, t’aimerais bien rester bloquer ici, à minuit, 57 minutes. Avec ta clope, l’air frais qui te glace la nuque, et le chauffage à fond. Cette chaleur, cette moiteur même en plein courant d’air. Cette clope qui me fait faire le point de la semaine. Ce qui a changé, ce que tu as compris. Ce que tu aurais préféré ne pas comprendre. Tu as tellement honte, que tu n’oses même pas t’exposer la situation à toi même.
Ouais. La honte, et cette moiteur, tout se mélange. Le gout du tabac sec dans ta bouche, ta gorge qui réclame un peu d’eau, qui se dessèche. La fumée qui t’embrume les yeux. Elle est presque sacrée cette putain de clope. Sans filtre, sans toncar, rien, le fin fond de ta semaine de merde, les miettes de ces sept derniers jours dans une feuille OCB. Tant pis pour les anticapitalistes, je reste fidèle. Et demain, ce sera la sale gueule du matin, la gueule qui colle à l’humeur. Les cernes, le teint pâle, les yeux mi-clos. On va encore taxer un peu de tabac, un filtre de ce côté-ci, une feuille là. Ouais, demain la journée de merde qui se profile. Ta sale gueule, leur sale gueule. T’as tellement pas envie de les voir. C’est triste à dire, mais personne ne te manque. Tu fais la joyeuse, la contente. Tu poignardes dans le dos, copieusement. J’en ai rien à battre de personne. Il n’y a que leur regard qui me touche. Paradoxal, hein? Une heure et trois minutes. Tu calcules vite fait, plus que 6h de sommeil. Demain tu vas encore avoir l’impression de pas avoir dormi depuis un mois. Finalement c’est pas des problèmes de sommeil que t’as, c’est des problèmes avec la réalité. Je l’envisage mal, je la considère mal, cette réalité. Maintenant j’écrase cette putain de clope du dimanche soir. Je rallume la lumière, je coupe Emika. Bonsoir la réalité. Bonjour lundi. Tu ranges le cendar, tu fermes le vélux. Voilà, ça y est. Maintenant, c’est l’enfer qui te sourit.
Salut Manon
J’avais jamais entendu parler de Emika. Donc, mon 1er réflexe c’est d’aller voir sur youtube et d’écouter… Pas longtemps… Et tout à coup je ne peux m’empêcher de penser que ce qui ne va pas dans ta réalité c’est peut-être ce que tu t’enfouis dans les tympans… En tout cas c’est plaisant de te lire.
Bon lundi…